mercredi 17 juin 2015

L'étiquetage, l'emballage, et tout le tralala

Une des premières choses que le consommateur va voir, avant même de goûter à un produit, c’est l’emballage. Ceci est vrai dans tous les domaines d’affaires : l’emballage peut être un objet ou la personne derrière le produit, dépendant de ce qu’est ce dernier. Dans le cas d’une police d’assurance, pour parler un peu du travail dans lequel j’œuvre au quotidien et en guise d'exemple concret, l’emballage c’est le service qu’on rend au client au moment où il souscrit sa police et lorsqu’il a une réclamation. Essentiellement, ce qu'on vend c'est de l'air et on ne peut pas vraiment mettre une police d'assurance dans une bonbonne.

Dans le monde brassicole, l’emballage de choix c’est la bouteille et la canette d’aluminium. Tous deux viennent en une multitude de formes, d’épaisseurs, de couleurs et de capacités. Ce qui distingue le plus une bouteille de l’autre, autre sa forme, c’est l’étiquette. En mon humble avis, l’emballage d’une bière ce n’est pas la bouteille ou la canette, c’est le petit bout de papier parfois plastifié qui y est adhéré pour l’identifier.

L’étiquette, ou l’emballage est d’une importance cruciale afin de promouvoir l’image de marque d’une brasserie et même de toute compagnie qui se respecte. Je trouve que plusieurs de nos microbrasseries ont une difficulté incroyable à se faire une image et à s’exposer sur une tablette parmi des centaines d’autres offrandes. C’est fâchant, car le produit dans la bouteille a beau être exceptionnel, si l'étiquette n'est pas belle à regarder et qu'aucune réputation ne te précède les gens n'achèteront probablement pas tes produits.

Selon moi, seulement une poignée de microbrasseries au Québec ont su allier parfaitement et à répétition nectar divin et étiquettes fantastiques. Brassin après brassin, création après création : toutes les bières de ces micro (à l’exception près, quand même) sont délectables, autant des œuvres d’art que l’emballage qui les renferme.





Sur le dessus de cette poignée, c’est le Trou du Diable, à Shawinigan.

Le succès fulgurant de cette microbrasserie, bien que d’une grosse part grâce aux heureux brasseurs qui y concoctent un nectar de classe mondiale, est en partie attribuable aux pinceaux, crayons et canevas de Fred Jourdain.

Celui-ci est connu principalement pour ses œuvres exposées et ses affiches vendues au quatre coins de la province. Plus notamment (pour moi, en tout cas), on le reconnait dans Le Dragon Bleu, une collaboration réalisée avec le cinéaste et dramaturge Robert Lepage. Vu son immense talent, Fred est nominé et récipiendaire d’une panoplie de prix et de lauréats. Il est reconnu par un style plutôt noir, fantastique, mais parfois même contemporain, vif de saturation des couleurs, de jeux de lumière. C’est toujours beau et agréable à regarder.

Dans le monde de la bière, toutefois, nous le connaissons d’abord et avant tout pour son rôle dans les magnifiques emballages du Trou du Diable. Oui oui, Fred est l’artiste derrière la plupart des éditions spéciales ou saisonnières de TDD. Son style varié et adaptable fait de lui l’illustrateur parfait pour ce genre de choses. La bière est aussi variée et élaborée en style que l’art qu’il crée. 



Un petit peu à côté et toujours dans le même poigné, il y a Les Trois Mousquetaires, à Brossard.

Inversement, LTM trouve son comble dans le simplisme. Ça ne veut toutefois pas dire que ce n’est pas aussi beau que les étiquettes du Trou du Diable. La simplicité est pour moi tout aussi belle que l’extravagance de l’illustration, et une récente refonte majeure de l’image de cette petite brasserie de Brossard lui a donné beaucoup de crédibilité sur le marché actuel. On a la sensation de boire du haut de gamme avant même d’avoir débouché.

Forcément, il ne semble pas y avoir autant d’effort dans la création des étiquettes chez LTM que chez TDD. C’est probablement un « template » dans lequel on remplit des champs et qu’on peut choisir des couleurs. Peu importe, vraiment, car c’est beau, c’est efficace et ça regorge d’informations à l’endos.

Effectivement, j’adore leurs étiquettes non seulement pour leur simplicité et leur luxure, mais aussi pour les arômes, les accords mets-bière, les ingrédients, les suggestions de verres et de températures de service qui sont inscrites derrière la bouteille. C’est ultra-pertinent même pour les dégustateurs avancés et le néophyte se voit pris par la main. C’est polyvalent, ça répond au besoin de tout un chacun. C’est parfait, quoi.



Avec ces deux exemples, vous voyez alors l’importance de l’image de marque et en quoi la beauté de l’étiquetage est souvent proportionnelle à la qualité perçue du produit se trouvant derrière et aussi au succès d’une entreprise. On comprend également que l’image réussie peut être obtenue tant avec une illustration farfelue, variante vastement en parallèle avec le produit lui-même, qu’avec un design simpliste, uniforme et constant. 

Évidemment les deux brasseries nommées ne sont que deux dans une vaste marre de brasseries québécoises qui ont de beaux emballages. J’ai choisi ces deux micros car elles m’interpellent personnellement. Je les reconnais facilement sur les étalages, je sais à quoi m’attendre. J’adore leurs étiquettes et conséquemment j’adore leurs produits. Selon l’AMA, ou l’American Marketing Association (avouons qu’ils l’ont l’affaire en marketing, les Américains), avoir un style qui se reconnaît, interpeller le client émotionnellement et informer celui-ci de façon adéquate sont les bases fondamentales d’une image de marque réussie.

Maintenant, l’habit fait-il le moine ? Est-ce seulement les apparences qui comptent ? Pas du tout, mais c’est tout comme l’attirance physique entre nous, humains : ton look fait porte d’entrée à ceux qui pourraient t’apprécier. 

Inversement, on pourrait nommer des brasseries qui ont de belles étiquettes, mais des produits terribles. Ça existe ça aussi, mais disons que, d’être bien habillé, d’être beau, ça aide pas mal à te faire reconnaître. 

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