dimanche 28 décembre 2014

Les grands classiques: initiation à la fine bière

On peut dire sans crainte que la plupart des gens se rappellent de la première fois qu’ils ont goûté à une bière: Mononc’ Roger s’amuse à offrir, en cachette bien sûr, des swigs de sa Labatt Bleue aux p’tits du party de famille, juste pour voir la sale grimace qu’ils vont faire. On peut conséquemment conclure que l’expérience primaire est presque tout le temps mauvaise, car rares sont ceux qui vont savoir apprécier leur première gorgée de ce qu’est maintenant, pour ceux comme moi, une obsession.

Le goût se développe lorsque, à l’adolescence, on se rend compte qu’on peut avoir un petit buzz si on en boit assez. Arrivons donc à l’époque des buvettes derrière l’école ou dans le sous-sol d’un ami dont ses parents sont un peu trop permissifs, inévitablement suivie de la première brosse. Le grand frère de ton ami, qui a gracieusement sorti l’alcool pour toi au dép du coin, trouve ça bien moins drôle quand une vingtaine d’ados, saoul comme des bottes, bouchent à tour de rôle toutes les toilettes, bains, douches et éviers de la maison. 

La plupart du monde va s’arrêter à ça. Pour eux, la bière est et sera toujours juste un moyen pour avoir un buzz et faire le party puis la Budweiser sera, à leurs yeux bien sûrs, réellement indétrônable. Pendant que ceux-là s’arrachent les caisses en spécial au Maxi, l’élite d’entre nous évolueront, passeront à un autre niveau. Nos choix deviendront de plus en plus pointilleux et les saveurs de plus en plus complexes, et on oubliera rapidement les montagnes bleues. 

C’est il y a à peu près cinq ou six ans que mon père m’a achetée ma première bière artisanale. Même si ça ne fait pas si longtemps que ça, à l’époque on ne retrouvait pas beaucoup de microbrasseries dans les épiceries, et les dépanneurs spécialisés ne faisaient que commencer à apparaître. Ce qu’on voyait souvent, toutefois, c’était les produits de Unibroue et McAuslan. Quand mon père m’a acheté, pour la première fois, une 750ml de Fin du Monde, mes papilles ne savaient évidemment pas où mettre la tête. Je m’en rappellerai toujours.

Maintenant, puisque comme moi, tout le monde doit commencer quelque part, le contenu de la liste qui suit a été spécialement choisi afin de vous aider à déceler les particularités des trois principaux ingrédients de la bière: la levure, le malt, et le houblon. Par hasard, la plupart des bières énumérées ont aussi été mes premières. Quelle chance!

Probablement une des meilleures bières sur le marché.


1. La Fin du Monde, par Unibroue
Triple de style abbaye, 9% d’alcool

C’était ma première et ça devrait être la vôtre aussi, car il s’agît d’une bonne initiation vers les bières plus gouteuses, sa faible amertume laissant toute la place pour découvrir le rôle que joue une levure aux caractéristiques poivrées sur l’arôme et le goût d’une bière confectionnée avec soin. Même à ce jour, la Fin du Monde est une des bières les plus épicées que je connais, le clou de girofle et le poivre moulu étant bien en place à l’avant-plan. Sinon, on peut aisément déceler des notes de pelures d’oranges, de banane, et en finale un maltage bien caramélisé.

2. Chimay Bleue ou Grande Réserve, par Chimay
Bière forte Trappiste, 9% d’alcool

Je dois créditer l’un de mes meilleurs amis, Hugo, pour cette découverte. Hugo était déjà à l’époque un fervent amateur de bière forte belge tandis que moi je n’étais qu’un néophyte, tétant ma Guinness directement de la canette. La Chimay Bleue résume très bien les bières trappistes, avec de légers effluves de levures florales. En bouche se révèle des caractères fruités, tels la prune, la pomme et des petits fruits secs, laissant en finale une touche de grain bien rôti et de caramel brulé. Une amertume peu prononcée, mais bien florale complimente bien le côté fruité et floral des notes de levures, et dans certains brassins nous pouvons y percevoir une pointe d’acidité.

3. Duvel, par Duvel Moortgat
Bière forte style abbaye, 8.5% d’alcool

Bon, j’avoue qu’à l’époque j’en avais seulement acheté à cause d’un spécial à la SAQ (l’achat de deux bouteilles te donnait un verre gratuit), et que la première fois que j’y ai goûté je ne savais pas trop ce que je buvais. Autrefois, le tout me semblait bien simple et sans rien de spécial, mais aujourd’hui, ayant un palais plus développé et des connaissances plus pointues, je sais que Duvel est unique dans le sens que c’est une bière belge confectionnée à partir de malts pils, normalement réservées aux pilsners, et de houblons bohémiens. Les fins ingrédients utilisés dans sa confection lui procurent une effervescence légendaire et un collet généreux. En bouche, on décerne des notes de blé, une qualité légèrement herbacée et une finale de pain bien grillé. Un classique.

4. Youngs Double Chocolate Stout, par Wells & Youngs
Stout chocolatée, 5.2% d’alcool

Pas ma tasse de thé en terme de broues, mais une bonne broue nonetheless. On y retrouve de riches notes d’orge bien torréfiée, mettant en avant-plan des saveurs de café et chocolat noir, voir même un petit côté vanillé. Son corps, riche, crémeux et presque sans effervescence, se mâche en bouche et rempli bien le bedon. L’amertume vient non pas majoritairement des houblons britanniques qu’on y ajoute, mais bien des essences de vrai chocolat qui y sont ajoutées. Le tout est d’un ballant incroyable: pas trop sucré, pas trop amer. Juste parfait pour vous initier aux saveurs de malts chocolatés.

5. Yakima IPA, par Le Castor
India Pale Ale, 6.5% d’alcool

Bien qu’une offrande récente sur le marché des IPA, la Yakima, produite par Le Castor, est sans aucun doute le benchmark le plus facilement accessible et un succès de renommée international. Celle-ci mets surtout en valeur les puissants houblons de la Côte Ouest américaine, mais sait faire le tout en relative douceur. Remerciez le houblonnage à cru, car c’est pas mal la raison pour laquelle on y perçoit au nez et en bouche le côté tropical et citronné de ces houblons populaires. Recherchez-y des notes d’ananas et de pamplemousse, mais pensez également à l’herbe fraîchement coupée, et concentrez-vous pour percevoir le côté floral de la chose. Un délice.

6. Mein Schatzy, par Brasseur de Montréal
Bière blonde style Kölsch, 4.5% d’alcool

Rien de mieux qu’une bonne blonde désaltérante sur une terrasse un après-midi d’été. Si vous êtes à Montréal ou les environs, je vous conseille fortement d’aller déguster celle-ci sur la magnifique terrasse de Brasseur de Montréal, dans Griffintown. Mein Schatzy se veut, selon moi, le point de repère par excellence pour les bières de style allemandes. Elle démontre une faible amertume, mais mets très bien en valeur le côté herbacé et terreux que peut avoir le houblon noble, en plus d’offrir un côté légèrement acidulé (telle une pomme Granny Smith) qui se fait désaltérant à souhait. De plus, on y retrouve des notes typiquement céréalières, démontrant encore une fois une autre des nombreuses facettes que peut avoir le malt. 

7. London Ruby, par Brasseur de Montréal
Bière brune/rousse (même elle le sait pas) style Mild Ale, 3.8% d’alcool

En dernier lieu, une bonne broue qui met en valeur les qualités de céréales rôties, de mélasse et de caramel léger que peuvent avoir certaines bières de l’Angleterre. Douce et ronde, cette ale typiquement britannique se veut bien maltée et rappelle des notes de pain brûlé normalement attribuables au malt Marris Otter (j’ignore, toutefois, si la London Ruby en contient). De plus, l’eau utilisée pour le brassage de cette bière a été modifiée pour ressembler à l’eau de la fameuse rivière Trent, reconnue pour son alcalinité légendaire. Mettez la côte à côte avec la Mild Ale de Pit Caribou, une bière très semblable, et vous pourrez voir toute la différence que l’eau peut faire dans la confection d’une bière.


Disclaimer: Vous remarquerez que seulement quatre des sept bières décrites proviennent de notre terroir. Certes, il y existe d’aussi bonnes bières fabriquées ici au Québec qui représentent tous les goûts que vous vous devez de découvrir, mais les critères premiers lors de la confection de cet article sont que les broues présentées soient faciles à trouver, disponible à l’année, et pas trop cherrant. Or, les offrandes belges que vous verrez seront à votre SAQ Sélection ou Signature, et les autres seront trouvables en épicerie ou chez votre dépanneur spécialisé.

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