mercredi 22 octobre 2014

Critique: Pit Caribou Tennessee No. 13

Pendant que ma femme déguste des bières d’inspiration tchèque et baltiques à L’amère à boire, je suis laissé à moi-même avec un goût amer de toute autre sorte. On avait pourtant tous les deux dégusté et conséquemment contribué aux notes finales mais bref, je me laisse vu à l'abandon avec ma plume en main. Bon, j’me rassure, car à mon arrivée toute la vaisselle avait été faite par ma douce, ce qui me donnait amplement le temps d'écrire ce billet. Commençons!

La Tennessee No. 13 de Pit Caribou se propose comme étant une version plus corsée et surtout plus alcoolisée de la traditionnelle Gaspésienne No. 13, l’une des premières créations des maîtres brasseurs de L’Anse-à-Beaufils. Dérobée il y a quelques mois chez l’épicier du coin, je l’ai laissée vieillir sombrement dans mon cellier. Ma femme, groupie des porter-surtout-impériales de ce monde, m’en a voulue longtemps de ne pas en avoir acheté une deuxième pour garder longuement. Selon Brad chez Pit Caribou, que j'ai eu l'occasion de voir l'an dernier au Salon de la bière de Matane, c’est le genre de broue qui se développe et qui change avec le temps.


Devant le fait accompli et dorénavant la discontinuité de cette broue, je me suis dit que j’allais la garder pour une occasion spéciale. Quelle meilleure occasion que mon mariage ce weekend passer, de pair parfaitement avec la tête de mort sur la bouteille.





À l'oeil: Une tête d’un moka des plus pâles, dense et onctueuse, laisse place à un corps noir aussi sombre qu’une nuit sans lune. D’une opacité incroyable, elle ne laisse pénétrer aucune lumière. Effervescence quasi-inexistante, fidèle à ces bières que je qualifie dessert.

Au nez : Chocolat noir, vanille, barrique de chêne, bouffe à chat. On laisse croire à un bourbon de première classe, ou encore un bon whisky canadien, qui en se réchauffant laisse place à une odeur boisée et ferreuse avec une touche de cerise noire.

En bouche : Au premier plan, on goute surtout le café foncé et intense, explosion de chocolat, le bourbon, la barrique de chêne. Lourd en bouche, ce nectar bien onctueux et légèrement sucré ne laisse rien paraître de son 10% d’alcool. Goût de bon pain style « pumpernickel, » on laisse croire à des malts chocolatés bien torréfiés. Les qualités terreuses dans l’olfactif préconisent une amertume bien prononcée, mais ce n’est décidément pas le cas. On ne retrouve pas la cerise noire en bouche, mais plutôt des soupçons de pruneaux. Bizarre.


Enfin : Un goût de chocolat noir, de chêne brûlé et de malts torréfiés reste longuement en bouche, avec un rot de cerise noire. Sa mousse épaisse n’a drôlement pas collée aux parois de nos verres, mais j’avoue que ceux-ci avaient été lâchement lavés à la machine. La tête est restée pour chiller, encore de quelques millimètres même aux dernières gorgées qui, vu la densité de cette broue furent difficiles à avaler.





Comment rendre une critique impartiale devant une création aussi savoureuse? Comme à leur habitude, les brasseurs du bas du fleuve ne savent pas décevoir et livrent toute la marchandise promise. Ma douce et moi sommes d’accord que c’est une des meilleures cuvées sortant de la Gaspésie. Pit Caribou demeure haut dans mon estime et à mon avis au Québec ce que Dogfish Head est au Delaware: une explosion de saveurs, dans toutes leurs bières.

Le verdict : Quoiqu’elle laisse vite oublier la Gaspésienne (sur laquelle elle est supposément basée) et qu’elle soit beaucoup trop sirupeuse à mon goût, la Tennessee No. 13 est décidément incontournable pour les amateurs de bière forte. Pit Caribou nous dit de la laisser vieillir longuement et qu'elle changera, mais d'expérience elle deviendra probablement un peu plus liquoreuse, ce qui n'est décidément pas dans mes cordes.

Bien que je vende la sauce à Pit Caribou à toutes les occasions possibles, j’aimerais bien voir un peu d’innovation sortir de cette micro. En mon humble opinion, le tout commence tranquillement à tomber dans la redondance et bien qu'elle soit excellente il n’y a rien qui sort de l’ordinaire avec cette création, fidèle au style. C'mon les gars, laissez vous aller.



Parlant d’innovation… Connaissez-vous Lagabière? Ah non? Eh ben, à suivre!

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